mardi 5 avril 2011

Un peu de bla bla ...





Quand  j’ai ouvert mon blog, en début d’année, j’ai forcément surfé sur le monde bloguesque des blogs deco - tendance - vintage - brocante - chine et j’en passe. Je sens poindre une réflexion au fil de mes billets que j’ai envie de partager. Ici je montre ce que je pratique depuis toujours, ce que j’ai vu faire par ma mère, quand j’étais enfant. Quand on n’a pas les moyens, on cherche des idées.

Ma mère déjà faisait les poubelles des encombrants le matin et c’est ainsi que j’ai une superbe armoire en noyer dans ma chambre, une petite meuble vintage nordique. D’ailleurs vintage ça ne se disait pas, on disait ancien, tout simplement. Elle a même trouvé un superbe meuble en bois de rose dans le poulailler d’une de leur logeuse en vacances, et a passé des heures à décaper le bois blanchi par les excréments de poule, ou même celui imbibé de sang de bœuf de lits Lorrains récupérés dans le grenier d’une voisine. Lit dans lequel j’ai dormi toute mon enfance et mon adolescence. Il y a 30-40 ans, c’était le seul moyen économique d’avoir des meubles corrects chez soi. Récupérer décaper bricoler. Ceux qui avaient les moyens achetaient du rustique neuf.

A l’époque ce n’était pas par envie d’être tendance, ou coller à la mode, mais par impératif financier. Cela coûtait moins cher de récupérer les meubles chez ceux qui n’en voulaient plus que d’en acheter des neufs. Le géant suédois n’avait pas encore envahi l’hexagone.

Puis les choses ont changé peu à peu, cette pratique faite naturellement depuis toujours est devenue tendance. J’ai parfois l’impression de devoir dire (justifier ?) que je fais cela depuis toujours. Ca me dérange un peu d’avoir une étiquette de suiveuse de tendance. Mais après tout, il n’y a que moi que ça gène et encore, pourquoi ne pas faire avec, ce que je fais en ayant aussi ouvert mon blog. Cela dit, il y a toujours les magasins de neuf pour nantis, Roche-Bobois, Cinna et autres comparses.

Aujourd’hui, nous sommes passé d’une activité réalisée par choix économique, à une réelle tendance boboisée. On fait du Vintage, du up-cycling, du slow design, du ecolo-éthique, du responsable !
Le slow design, se distingue par le côté slow, on l’aura compris, du refus d’une société qui nous pousse en avant vers une consommation frénétique toujours plus, toujours mieux plus cher. D’ailleurs nos enfants baignent dedans et y sont pris à leur insu. Tel mon fils de 8 ans, me demander d’acheter un DVD blue-ray, parce que c’est trop cool de voir du 3D à la maison. Je lui ai rétorqué qu’il me voyait en 3D tous les jours, et que pour cela nous n’avions pas besoin de blue-ray. Je suis la « coolitude incarnée mère » mon fils, où vois-tu le besoin d’autre chose que de chouettes conversations familiales et de bricolage ? D’ailleurs c’est trop cool le bricolage up-cycling, tu es dans la tendance, ne cherche pas plus loin t’es dans la création slow t’as tout bon t’es responsable.
Je ne suis pas sûre que ce concept soit apprécié de nos jeunes têtes blondes dures. Mais en tous les cas, « c’est la seule coolitude que je permets dans la maison, sois en sûr ».

Ce qui m’interroge le plus, c’est que cette mouvance, qui a repris à son compte une pratique ancestrale mue par des contraintes économiques, en intégrant une sphère tendance, a également entraîné avec elle une augmentation de sa valeur économique. Cherchez l’erreur, on refait du neuf avec du vieux, on est censé faire slow, et du coup les prix flambent ? Cette augmentation de valeur économique a en corollaire, forcément changé la donne pour la cible de population. Parce que cela doit rester identifié pour une cible privilégiée, qui a tout compris de « comment on sauve la planète », cible qui est forcément intellectuellement supérieure, et donc avec un pouvoir économique supérieur.

Cela ne doit plus être affilié à une pratique populaire, mais élitiste. Le populaire va désormais en « Suède », ou dans divers magasins où les meubles accessibles sont en bois exotique, qui ne sont sûrement pas estampillée FSC (Forest Stewardship Council) label bois équitable. Le pauvre ne peut pas protéger la planète il n’en a pas les moyens.

C’est ainsi que je vois des objets populaires, anciens, que l’on trouvait encore il y a 20 ans, pour 3 francs 6 sous, atteindre des prix démentiels. Il n’y encore que ceux qui n’ont pas Internet, ou qui s’en fichent, qui vendent des meubles anciens à des prix raisonnables. Il faut aller fouiner, chercher partout pour dénicher cela. J’ai parfois l’impression que c’est bientôt la fin. Je vois des magasins parisiens vendre des cendriers des années 60 pour 100 €, ou les jumeaux de mes petits chevets des années 50, achetés 5 € pièce, se vendre dix ou vingt fois plus cher dans ces lieux ou sur des boutiques Internet de meubles vintages. Je m’interroge encore.

Je ne sais pas quand cela s’arrêtera, mais je refuse toujours de payer un objet plus cher que la réelle valeur que je lui donne. Et je ne pense pas que mon estimation de valeur soit moindre que celle qu’il peut avoir. J’espère juste que je vais continuer à prendre du plaisir dans la chine parce que parfois, il tend à disparaître à cause de ce phénomène. Il y a encore des lieux, où cela n’a pas été envahi, mais ils deviennent rares, même chez Emmaüs, depuis quelques années, je m’interroge. Je sais que les compagnons vivent de cette activité, c’est le but de l’asso, mais utiliser cette tendance pour augmenter parfois certains objets parce qu’« on le trouve super cher sur Internet ? » me pose question. Je me demande si c’est moi qui pense mal, qui veut tout pour rien (c’est possible aussi), car finalement ils ne font qu’utiliser la tendance, c’est un peu logique.

Voilà le fruit de réflexions que je peux avoir sur ce sujet, je serais curieuse de savoir ce que vous en pensez ? 

PS : La photo n'a rien à voir, j'aime juste ce qu'elle représente, l'univers de l'enfance et sa capacité à se raconter avec plaisir des histoires et à investir l'imaginaire ... 

6 commentaires:

  1. Très intéressant ton article, je comprends ton questionnement.
    Je ne suis pas très bien placée puisque j'ai ouvert une petite boutique en ligne depuis quelques années, alors forcémment je me sens un peu "visée" (de mon propre chef je précise hein, je ne suis pas parano :D) mais justement je m'applique à pratiquer des prix raisonnables parce que comme toi je suis effarée par l'envolée de la chose. Bon bien entendu pour une vraie chineuse mes tarifs seront toujours trop chers c'est évident mais globalement je ne crois pas dépasser les bornes, d'autant que le but essentiel de ma boutique est de me permettre de continuer à chiner justement, pas de remplir mon compte en banque (encore heureux remarque parce que ce ne serait pas gagné ;)
    Chez Emmaus aussi par ici les choses ont bien changé, d'ailleurs je suis passée d'une visite mensuelle à deux visites annuelles, c'est simple ils vendent plus cher que moi ! Il y a peu j'y ai trouvé une de mes chaises préférées du Nid pour 25 euro, une Stella pivotante des années 50, mais à part cela ça bien longtemps que je n'y ai pas trouvé mon bonheur.
    Dans ma famille il y a peu de chineurs, mais nous sommes tous attachés aux objets de notre passé, c'est une valeur qui m'a été transmise, et avec le temps c'est devenu une passion grandissante, tout comme les recherches sur les objets justement (merci internet), peu importe leur valeur j'aime savoir avant tout d'où ils viennent, imaginer leur histoire...
    Bien entendu je suis un peu influencée par "la mode" aussi, je collectionne les chaises pour enfants, j'ai eu ma période Fisher Price, mais ça n'a pas vraiment duré, je préfère les objets insolites, les objets symboliques, les vieux outils, les vieux ustensiles de cuisine, autant de choses qui me font voyager dans le temps.
    Mes grands parents étaient épiciers d'un petit village de Moselle, et ceux de Chéri épiciers également dans un petit village du Berry, alors ma cuisine est un peu un "musée" mais c'est une façon de penser à eux au quotidien.
    Dans les chambres de mes petits il n'y a que des vieux jouets (anciens, vintage, les deux mon capitaines :), ce n'est pas par extrémisme mais c'est que je n'aime rien d'autre je l'avoue... Par chance pour moi ils partagent mes goûts mais pour combien de temps ;) ?
    La chine pour moi c'est une question d'émotion avant tout, c'est sans doute pour cela que certains objets me parlent particulièrement comme les vieux portraits d'enfants, les représentations de vierges à l'enfants, les soldats aussi (autre point commun entre Chéri et moi nos papas militaires).
    Bon j'ai été un peu longue et un peu dispersée mille excuses :)
    (et bienvenue aux buffets de mémé ;)

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  2. PS : j'ai fait plein de fautes je mets des S partout quelle horreur :D

    PS bis : j'ai oublié de te dire que j'aime beaucoup tes photos en général (et celle-ci en particulier :)

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  3. Je comprends que tu te sentes visée (oups désolé :)! ), mais je ne veux pas non plus généraliser. J'achète aussi parfois dans des boutiques internet de brocante, quand comme ce que tu fais, les prix ne sont pas prohibitifs. Mais moi aussi je suis influencée par la mode, je pense qu'on l'est tous un peu. C'est une juste limite entre rester dans le raisonnable, et surfer sur les tendances pour devenir élitiste. je chine aussi à l'émotion au plaisir. C'est ainsi que j'aime faire. Quand le plaisir n'est plus au rendez vous, à cause justement des flambées de prix, c'est là que je m'interroge aussi. mais c'est une tendance de notre société qui j'espère ne durera pas. Ce que je regrette, C'est que je trouve dommage qu'une réelle activité de récupération, ne pas toujours acheter de nouvelles choses, soit détourné d'un but qui pourrait être honorable en soi (une vraie low way of life), pour devenir à nouveau objet mercantile ...

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  4. ah oui ... c'est rigolo, je suis originaire de Moselle (nord limite luxembourg) aussi expatriée en Anjou maintenant :)

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  5. Hier, j'avais laissé un commentaire, mais peut être que ça n'a pas marché?
    Je partage tout à fait ton questionnement. Moi je ne "chine" pas vraiment, à part sur le bon coin, et je vais acheter un meuble dont j'ai besoin, par exemple. Je n'ai jamais acheté beaucoup de meubles neufs, la récup est aussi une tradition de famille... Après, il faut aussi se jouer des modes. En ce moment celle des années 50 est au sommet et tu trouves des milliers de buffets de mémé à trois francs 6 sous... Je dirais qu'il faut différencier l'esprit récup de celui du vintage, non?

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  6. Oui il faut différencier, mais moi j'aime ce qui est à la mode aujourd'hui, j'ai depuis 20 ans, un vieux buffet des années 40, des trucs en fer blanc et des meubles que l'on dit vintage par goût. En fait c'est surtout de voir ce que j'achetais à super bas prix avant se vendre parfois super cher qui m'a fait avoir cette réflexion. Mais je me dis que dans 20 ans, ça sera passé de "mode" et j'aurai toujours ça avec plaisir chez moi. Et puis je chine avec le "Flibustier" (mon compagnon) qui lui est fana de livres anciens mais c'est une partie de sa documentation pour son job donc on se fait plaisir à deux dans les sorties chineries (ça se dit ?)

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