Evolution de ma pratique de gravure en 7 ans

Dernière mise à jour : 17 févr.

J'ai enfin réalisé une gravure de paysage en réduction (article à venir). Il s'agit d'un joli jardin creusois, pour lequel j'ai traité les couleurs différemment, pas de vert ni de jaune, je suis sortie des sentiers battus et utilisé des bleus et des roses.


Plusieurs personnes m'ont écrit pour me dire que la gravure en réduction leur paraissait tellement difficile, inatteignable, souhaitant même savoir si je pouvais donner des cours pour apprendre.


C’est pour ces personnes (et les autres aussi bien sûr) que je rédige ces mots.

En 2011, après des années à dessiner et un peu frustrée de ne pas faire autre chose, j'ai débuté la gravure sur gomme, réalisant des tampons par centaines 2-3 ans plus tard. Mon envie de départ était motivée par la beauté des gravures sur bois des livres anciens aux éditions Arthème-Fayard, remplis de bois gravés.


La "vraie" gravure me paraissait inatteignable, j'ai gravé donc des tampons jusqu'en 2015. La rencontre de l'artiste graveur breton Claude Huart fut à l'origine d'un tournant dans la vision de ma pratique. Avec simplicité il encourageait à graver et regarder ce que cela donnerait. Lui même grave, selon ses dires, "ce qu'il voit devant les yeux". Alors que j'évoquais l'excuse de ne pas avoir de presse il m'a raconté cet artiste brésilien dont je ne me souviens plus du nom, qui gravait d'immenses gravures à la cuillère. Je n'ai retenu que cela : C'est possible.


J'ai commencé à graver du lino monochrome, pour me familiariser avec la matière, j'ai réalisé 4-5 motifs, puis enfin !! J'ai gravé ma première gravure en réduction, c'était une rose, toute simple en quelques couleurs. Voici ma première gravure en réduction.



J'ai imprimé "à la cuillère" avec une cuillère en bois très dur que j'avais légèrement poncée pour avoir une surface plate, aujourd'hui on trouve des "barens" en bois, même en verre qui se substituent parfaitement à une presse.


J'ai continué à graver du lino, à tester des motifs en réduction avec des encres à l'huile.



Quand pour passer 4 couleurs j'ai attendu 6 semaines pour que cela soit sec, j'ai renoncé. En plus l'utilisation de solvants (Essence F) pour nettoyer les outils, commençait à me titiller l'esprit, c'était pas très environnementalement compatible. Je suis passée aux encres à l'eau.


Et j'ai continué à tester des motifs, des formes, des compositions, des couleurs.



Au printemps 2017 super motivée, j'a acheté une presse de gravure des ateliers de chartreuse. Cela a transformé ma pratique. J'ai réalisé (après tout pourquoi pas) des grandes gravures d'inspiration folkloriques pour profiter de la possibilité d'imprimer des grands formats.


J'aime sortir sans cesse de ma zone de confort, parce que c'est la seule façon d'avancer et d'explorer la pratique. J'ai fait des erreurs, je tâtonne, j'hésite, mais j'ai appris tellement !! Je me donne des challenges, je trouve que c'est la meilleure façon d'avancer.


Ensuite durant plusieurs années j'ai réalisé de très nombreuses gravures botaniques, des bouquets en pot d'épices, des oiseaux, que ce soit à plusieurs plaques (5-6) ou en réduction pour passer de plus en plus de couleurs. Je suis arrivée à 12 couleurs sur un tirage !


J'ai compté, j'ai réalisé plus de cent gravures différentes, quand il y a en moyenne 5 couleurs par gravure, j'ai donc passé entre 500 et 700 couleurs les unes sur les autres.

Et oui, j'ai appris comment faire, quelles erreurs ne pas commettre, comment passer une couleur après l'autre, pourquoi quand il y a un jaune, c'est toujours celui à passer en premier.

J'ai testé de nombreux outils, appris comment bien les affûter, testé une dizaine de papiers différents pour trouver celui qui me convenait le mieux. Mélangé encore et encore les couleurs limitées de la gamme des encres à l'eau Schmincke. Aujourd'hui je sais avec assurance quelles quantités et quelles encres mélanger pour obtenir une teinte précise.

Car il n'y a pas de mystère, la pratique et encore la pratique.


En 2021, je suis arrivée à une limite, j'ai réalisé de magnifiques bouquets en pots d'épices, complexes, j'avais plus de 25 gravures botaniques. J'ai fait du sur place. J'avais envie d'autre chose.

J'ai réalisé peu de gravure uniquement en noir, j'ai envie d'explorer cette piste, et puis quand même, les paysages... J'y reviendrai dans un prochain article


J'ai été un peu longue, mais c'est important pour moi de vous dire que ce qui vous parait compliqué à regarder aujourd'hui, c'est bien les années de pratique artistique qui permettent d'arriver à être à l'aise. ce n'est pas quelques heures de cours qui vous permettront d'y arriver.


Il existe de nombreuses vidéos sur YouTube qui expliquent les techniques, il faut explorer. D'ailleurs un très bon exemple est quand j'ai voulu faire une incursion de le monde de l'estampe japonaise. C'est une technique complètement différente, avec des aquarelles, ou des gouaches, posées avec des brosses, le papier doit être humide, c'est une technique que je ne connaissais pas du tout.

J'ai regardé d'abord des heures et des heures de vidéos d'artistes japonais travaillant, pour tenter ensuite de comprendre le geste, de faire des premiers pas moi-même. J'ai pris des pages de notes dans des carnets. J'ai cherché des blogs, des articles, puis je m'y suis mise.




Je pensais arriver à faire de magnifiques paysages d'estampes. Et bien ma première estampes c'était franchement pas top. Je pense reprendre cette technique un jour, je ne m'avoue pas vaincue :)


Ce que j'ai appris m'a juste montré qu'il me faudrait des heures et des heures pour m'améliorer, comme j'ai d'autres priorités de gravure, ce sera pour une autre fois. C'est chouette de se dire qu'il y a encore tellement à explorer non ?

Je n'ai pas vraiment la disponibilité de faire des cours, mais les cours ce n'est pas magique, la pratique et les erreurs sont bien plus efficaces pour apprendre.









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